one, two, many (Manon De Boer)

générique de film

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Introduction

posté par Pierre-Philippe le 20-06-2013

Générique réalisé en 2012 pour le film "one, two, many"(1) de l'artiste Manon De Boer, filmé par Sébastien Koeppel, produit par le collectif Auguste Orts et co-produit par la dOCUMENTA (13). Manon De Boer est l'une des fondatrices de la platforme de production Auguste Orts aux côtés de Herman Asselberghs, Sven Augustijnen et Anouk De Clercq.

(1) "The film one, two, many is made up of three performances: a flute piece with continuous breathing, a spoken monologue, and a song by four singers in front of an audience. Starting from different audiovisual perspective, each section explores the existential space of the voice. Connecting the three performances are the central themes of the individual's body, listening to the other, and finding the right distance for multiple voices in a social space." Auguste Orts

one two many by manon de boer — opening title


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Souffle, miroir, reflet

posté par Pierre-Philippe le 20-06-2013

Pour la seconde fois, il nous a été demandé de réaliser un générique de film. Pour la seconde fois nous sommes à la fois honorés et tétanisés à l'idée d'intervenir dans la création d'un artiste que nous apprécions et respectons tant, avec un medium que nous maîtrisons si peu.

Un générique de film est généralement destiné à présenter les personnes et groupes qui ont participé à la création d'une œuvre. Outre ce rôle d'appoint, nous pensons que cette minuscule partie du film — secondaire, voir accessoire — doit aussi pouvoir très modestement répondre à une necessité plus grande: contenir quelque chose de la beauté du film qu'elle ouvre et referme.

Nous ne disposions pour faire notre première proposition de générique que de la première séquence du film dans laquelle le flûtiste Michael Schmidt réalise une performance de souffle continu(2).

(2) Technique appelée également respiration circulaire qui consiste à maintenir un souffle d'air continu en utilisant la bouche comme une réserve d'air.

Le film commence avec le son d'inhalation/expiration du flûtiste qui contrôle son souffle et se prépare à la performance. Lentement, en opérant un léger mouvement circulaire, la camera remonte d'un plan rapproché sur son thorax vers son visage concentré comme si l'on suivait le mouvement de la respiration et du souffle qui devient son à l'instant où il pose la flûte sur ses lèvres. Dans un plan toujours très rapproché, de biais, on voit apparaître les tensions qui parcourent son visage, sa mâchoire, sa gorge et son dos. Puis le mouvement circulaire de la camera se prolonge autour de lui en s'éloignant progressivement. On prend alors conscience de l'espace qui l'entoure et de la baie vitrée face à laquelle il est assis. Le son de la flûte s'intensifie et atteint son paroxysme puis s'arrête brusquement. Le flûtiste à bout de souffle, inhale profondément et la camera, en accompagnant ce dernier souffle, ce dernier son qui s'évapore doucement, se tourne vers le paysage, vers l'extérieur. La séquence de 9 minutes se termine sur l'image floue, vaporeuse de cet exterieur et le son d'une respiration qui reprend.

En revisionnant d'autres films de Manon De Boer dont "Presto, Perfect Sound", "Sylvia Kristel - Paris", "Two times 4'33'" et "Attica", nous nous sommes demandé comment, à travers notre intervention, nous pourrions à la fois produire une pièce qui s'intègre à "one, two, many" et qui agisse comme un reflet, un miroir, une cavité resonnante.

Au niveau formel, notre approche est similaire à celle de l'utilisation de cartons de générique (3) — ni animation, ni mouvement de lettres — à laquelle on se limitait au début du siècle dernier. L'ensemble des noms typographiés avec le caractère open source "linux libertine" est divisé en cartons, en pages différentes puis soumis à un procédé particulier et déterminant pour le résultat final.

(3) Notre premier générique, réalisé pour le film "After Empire episode 1" d'Herman Asselberghs, partait déjà du même principe de base.

Nous avons réalisé plusieurs tests en projettant un négatif du titre "one, two, many" sur une vitre de plexiglas opalin. L'idée était de chercher à obtenir une image floue et presque monochrome avec la lumière du projecteur et la surface réfléchisssante de la vitre de plexiglas. Nous avons montré ce premier test à Manon De Boer qui a approuvé l'idée. Nous avons ensuite réalisé le générique final, filmé à la pellicule, avec l'aide et les conseils précieux de Sebastien Koeppel. Le film s'ouvre donc sur une image blanche de quelques secondes puis les lettres floues et lumineuses du titre appararaissent sur le reflet gris-bleu de la structure d'un châssis de fenêtre. Sept secondes et l'image disparaît. A la fin du film, les noms se succèdent sur un fond plus sombre et sans reflet.

one two many by manon de boer — ending titles


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installation sans générique

posté par Pierre-Philippe le 20-06-2013

Ce générique accompagne le film quand il est diffusé sur un écran unique. Pour remplacer le générique lorsque le film est installé dans un espace d'exposition et les séquences projetées sur différents écrans, nous avons fabriqué une boîte lumineuse en nous inspirant du procédé mis en place pour produire le générique filmé (lumière, négatif, vitre opaline).